Stock Exchange by alphakx

Depuis le lycée, que dis-je, non depuis l’école maternelle, j’ai toujours aimé et choisi de m’entourer de garçons. Les
filles m ’agaçaient déjà à cette époque et je trouvais leurs jeux bien trop niais pour une petite casse cou comme moi.

Ainsi, je prenais un malin plaisir à martyriser les Barbies. Poupées auxquelles j’arrachais les cheveux, désarticulais les membres, décapitais et faisait endurer toute sorte de sévices qui conduisirent ma mère à m’envoyer chez un psy. Action vaine, puisque ce dernier déclara que tout allait bien et que j’étais juste un garçon manqué avec une imagination trop grande pour ma tête de fillette.
Les Nénucos de Noel furent très rapidement remplacer par des jouets plus
adaptés et plus chouettes aussi : 4X4 téléguidés, Tigre vert de Musclor, épée en bois faite main, ballons de foot. Mes tendances sado du moment s’envolèrent instantanément. 

 

Aujourd’hui, ce penchant et cette bonne entente avec la gente masculine ne m’ont pas quitté.

Particulièrement dans le milieu professionnel, secteur dans lequel j’ai croisé les pires teignes en matière de femmes. Je le reconnais sans problème : j’ai choisi d’évoluer dans le secteur de la Finance pour être entourée d’homme et devenir ainsi la Chouchou de l’équipe. C’est vrai que le milieu de la mode m’aurait bien plu. Mais je pense que les grandes folles qui la composent m’auraient donné bien trop de fil à retordre pour que j’y fasse mes choux gras.

Que pour le coup, j’aurais regretté les « Nathou » et autres « Catherine» du boulot.

Dix « Noémie la Maudite » valent mieux qu’une folasse j’en conclus.
 

Certes avec les hommes tout n’est pas rose non plus. Une anecdote qui m’est arrivée récemment me l’a appris à mes dépends. Moi qui ai peut être trop joué de mon statut de la « femme unique » de ma salle des marchés.
Cette histoire a commencé le jour de mon arrivée. Je situe le contexte. J’évolue dans un très grand open space. Le contact humain n’est donc pas toujours
évident entre le stress et la foule présente. Les « charts » qui défilent et s’agitent sur les milliers d’écrans dont les golden boys ne détachent pas leurs yeux. Très intimidée, il m’a fallu faire mes marques, prendre mes repères me fondre dans la masse. 

C’est alors que j’ai fait connaissance de mon sauveur. « Jérôme », un trentenaire chétif avec des binocles plus lourdes que son nez, un beau lundi à la machine à café.
Alors que le distributeur capricieux refuse catégoriquement de me donner mes skittles (je n’aime que les violets), arrive mon bienfaiteur. Deux coups de poing dans l’appareil et un sourire plus tard, il n’en fallait pas moins pour que débute l’échange de mail entre cet intello bobo et moi.

Il faut dire qu’avec ses lorgnettes noires épaisses, sa coupe de cheveux métro Jasmin, sa douceur, ses attentions, ce dernier avait toutes les clefs en main me mettre en confiance. Débute alors une correspondance endiablée s’étalant sur plusieurs semaines. Aucun sous-entendu – (excepté quelques compliments mais çà ne veut rien dire au fond). Et du rire  haut débit non stop.
Je reste discrète sur ma vie privée, ne me prétend ni en couple, ni célibataire n’ayant pas envie de mentir. Nous n’évoquons pas ces détails mais partageons en revanche de riches discutions culturelles ou plus légères, variant du dernier Lanthimos en passant par la moumoutte Chaussée au moine fournie du nouveau chef de projet « Hugues B. « .

Si bien qu’à un moment donné, je me décide à commettre l’irréparable. L’inviter à diner chez moi. Ravi et acceptant mon invitation, le gentleman arrive avec un énorme bouquet de fleur.
Je trouve cette pensée mignonne. Durant la soirée, nous débattons en live comme nous le faisions par mail. J’apprécie réellement cette connexion et le fait que ce contact ne semble pas intéressé…

Si bien que lancée, je décide de faire mon comming out en live entre deux tomates farcies (et non par écrit !)

Acquiesçant un sourire mi figue mi raisin, mon nouvel ami du moment exprime un silence qui semble teinté
de respect et de compréhension. Je souffle. La soirée s’achève calmement. Sautillante et joviale je
l'accompagne au métro mon cavalier d’un soir.
 

Le lendemain matin, arrivée au bureau tout sourire j’ouvre Gmail comme à mon habitude et je découvre un mèl de mon mandarin préféré du moment, mon « Mini Pirate » comme j’aime à l’appeler. J’apprends que ma révélation ne l’a nullement choquée et que par ailleurs il m’invite la semaine prochaine à diner … Et à « dormir » chez lui ensuite « si cela me dit ». Pour le coup, je reste assez interloquée. N’ayant pas envie de jouer à la sacro sainte parano qui catégorise les mecs, je réponds que diner oui mais que pour dormir non car « je ne le connais pas assez ». 

S’en suit alors une réponse qui m’achève pour la journée. « Sache que ton secret ne m’a nullement refroidi, au contraire. J’ai une très bonne amie bi qui pourrait se joindre à nous d’ailleurs quand tu voudras dormir chez moi. Je quitte la boite dans deux semaines penses y. Ne fait pas ton effarouchée

 

Je n’épiloguerai pas sur la suite de notre échange, dont la fin n’est pas aussi belle que le début.
J’avais trouvé en cet hominidé le nouveau pote idéal avec lequel j’avais une déconne sans pareil et sans ambigüité. Voilà que ma révélation a tout fait s’échouer tel un château de carte pris au vent.

A vrai dire j’ignore si c’est le diner ou ma confidence, voir les deux qui l’ont amené à mal se conduire avec moi par la suite. Lui qui au départ m’avait lancé un pique sans me connaître, me disant que jamais il n’aurait embauché une fille comme moi. Cette déception comme toutes les autres m’ aura au moins servi de leçon. Pour ne pas commettre les mêmes erreurs. Je ne sais pas à quel moment il a pu me sentir trop proche de lui pour s’imaginer que je pouvais accepter une proposition aussi débile. Néanmoins j’ai la certitude que dans le monde du travail, il faut garder a vita aeternam clandestine son homosexualité. Même lorsque l’on se pense proche d’une personne. Car lorsque arrivent les mauvaises surprises, rien ne garantie que la mèche ne sera pas vendue… Et notre réputation fichue.

 

Alba#

worki



 

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