Arrivé à un moment donné, dans la toute neuve idylle, sonne le moment fatidique.
L’instant où la relation bascule vers un autre type d’histoire, plus sérieuse mais moins excitante. Je veux parler de la présentation à la belle famille. Plus précisément de l’intronisation avec Tendre Belle maman.


D’une manière générale, considérant mon expérience personnelle, je n’ai jamais eu de conflits avec les pères de mes copines. Je rajouterais même que tous se sont comportés en vrai potes avec moi. Accolades et fou rires autours d’une bière partagée (je précise que je ne suis nullement une addict de 16 et que c’était juste pour me faire accepter par le chef de meute), activités sportives insolites prodiguées. Des trucs incroyables que je n’aurais jamais osé faire toute seule. Comme du Kayak dans une rivière complètement démontée sans gilet de sauvetage, ou de l’escalade sur un pan de mur raide comme mes cheveux, de délicieuses parties de pêches improvisées avec d’obèses verres de terres qui me terrorisaient… Je me remémore des découvertes musicales passées ensemble endurant les chants polyphoniques corses, Boney M, Laura Pausini, Johnny & Lara pendant lesquels il me fallait simuler l’émerveillement, se mordre les joues à sang afin de ne pas éclater. A l’inverse me revient à l’esprit les blagues tordues pas toujours drôles, où je pouffais toujours avec un wagon de retard.
Les remarques parfois douteuses sur les femmes qui passaient nues à la télé, dans les pubs de gel douche… « Wha tu as vu la paire de lolo qu’elle a ! Celle la je la croque je la lâche pas ! »… Et moi de répondre penaude « Euh non.. Euh si ! »…

Mention spéciale pour ce beau père corse adoré, qui insistait lourdement afin que je suive à ses côtés dans l’ordre le journal régional de France 3, « Plus Belle la Vie », suivi d’Interville et ses petites vachettes noires trisomiques. Arrivé à minuit, on finissait tous les deux endormis côte à côte dans le canapé en cuir confo du salon. Ma fiancée de l’époque, couchée depuis belle lurette bouillait de m’avoir attendue toute seule 3 longues interminables heures…

 

Ah si seulement… Si seulement tout ce cirque pouvait être aussi simple avec l’animal que l’on nomme « Belle Doche ». Car parfois cela rime généralement avec « Folle Coche ».

Très souvent les mères de mes petites amies étaient charismatiques. Si je savais qu’il était facile de mettre dans ma poche leurs maris, je n’étais sans ignorer de la difficulté à se faire accepter par ces Mères toutes Puissantes. Je me suis pourtant employée à plusieurs tactiques, dont certaines ont plus ou moins fonctionnées.

J’ai tenté avec succès l’accroche musicale par exemple, avec Mike Brant qui s’est couronné de succès. Joséphine et moi suite à cela sommes devenues copines pour la vie. Avec d’autres, le simple fait d’apprécier l’un de leurs plats a suffi à être adopté alors que deux heures de débat sur l’avortement & le Pape ont été vaines. Certaines récalcitrantes en revanche, vous détestent avant même que vos pieds n’aient foulés le seuil de leurs portes. En fait, votre simple existence suffit à les foutre en l’air. Alors ne parlons pas de votre présence.


Face à de tels énergumènes, il demeure ardu de ne pas essuyer plusieurs querelles avec sa blonde. Après s’être présentée en habit du dimanche pas trop sexy, avoir feint d’adorer le foie de veau en papillote sur-poudré de Piments de Cayenne, fait un lit nickel chaque matin, débarrassé la table et ses miettes sans qu’on nous le réclame, évoquer nos derniers romans policiers lus… Rien n’y fait. Raymonde est là plantée face à vous et vous regarde comme si vous aviez un Qi de gallinacée ou que vous n’étiez  qu’une minable blondinette platine à forte poitrine.

Son silence est plus meurtrier que ses mots, étouffant. Aucune porte de sortie ne se présente à vous et surtout… Votre amoureuse elle, à votre grand désespoir ne voit rien. Et défendra quoiqu’il arrive Maman bec et ongle. Face à un tel mur, il n’existe pas trente milles stratégies à appliquer. La solution pas si évidente au départ, est pourtant là. Il faut se comporter comme elle, en peau de vache. Dire à sa chérie que vous la trouver vraiment « sympa », y compris après avoir enchainé en pleine poire une tripotée de crasses.

Après plusieurs mois en mode peste, j’ai donc réussi et sans le vouloir, à apprivoiser Marie Dominique, l’indomptable. Progressivement, mes cadeaux de Noel sont devenus de plus en plus chouettes, ainsi que les desserts servis… Puis surtout, j’ai eu le droit à des sourires lors de mes allées venues. Le dernier luxe : qu’elle m’appelle par mon prénom et m’invite pour passer des vacances chez elle. Alors que l’espoir et l’envie d’être aimée avaient quitté mon âme, je réalise que c’est toujours lorsque l’on attend rien que l’on gagne le gros lot.
Cela me rappelle qu’aujourd’hui c’est Vendredi 13. Qu’il faut que je trouve un buraliste pour acheter un ticket de Loto. Et des fleurs pour Marie Do.

 Alba

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