Nous sommes en 1996 au lycée XXX à Paris, au cœur de son quartier latin

J'ai 16 ans et une rencontre va bouleverser à jamais ma vie d'adolescente presque classique.

La première fois que je l'ai aperçue, j'ai été prise d'un mépris inattendu et complètement gratuit à son égard. Son visage tellement proche de celui d'Emmanuel Béart m'avait agacé.

Sa beauté lui donnait un air insolent qui je le découvris plus tard, ne fut finalement pour me déplaire. Elle avait les yeux d'un bleu marine breton, un teint mate, et les cheveux châtains éclaircis que l'on devinait blondis par un soleil d'été ravageur.

Chaque fois que je nous nous croisions, je lui jetais des regards assassins. Je ne l'appréciais pas. Entre filles au lycée, il demeurait monnaie courrant de se détester, y compris sans raison valable. Pourtant, un jour, je la découvris recroquevillée dans la cours de récréation pleurant. De lourdes larmes traversaient ses joues comme des perles. Son chagrin demeurait palpable. Je réalisai que quelque chose de terrible venait de se produire. J'eus ainsi écho qu'elle venait de perdre son papa. A cet instant, je ne pensais plus qu'à une chose. Je voulais la soutenir dans cette épreuve, être proche d'elle. La voir pleurer m'avait ébranlée. Je m'étais jurée qu'à partir de ce jour, je me rapprocherai d'elle. Le destin fit que nous nous retrouvâmes dans la même classe.

Très rapidement, je n'eus aucune difficulté à gagner sa confiance et son amitié. J'étais devenue une personne importante pour elle, on se téléphonait quotidiennement après la classe.
Nous étions complices, liée par une amitié singulière. Une amitié dans laquelle chacune de nous deux ne voulait laisser la première place à personne. Une amitié ampli de jalousie, d'affection forte et de déchirure qu'elle impliquait. Je repensais au dédain éprouvé envers elle dans le passé. Je me jugeais ridicule. C'était déstabilisant de passer par ces sentiments contradictoires, du pire au meilleur.
Je me surprenais chaque jour à admirer son sourire. En cours, nous allions toujours au fond de la classe. Ma distance artificielle l'attirait. Elle ne résistait pas à la tentation au besoin de me toucher. Très vite, nous prîmes l'habitude de nous tenir la main, en cachette tout au fond de la classe. Les cours de sciences physiques obtinrent rapidement ma préférence. Les tables au carreaux carrelés blancs étaient idéales pour cacher ces gestes dont nous seules avions alors connaissance. Alors que ses doigts se serraient contre les miens fort, moi je lisais la peau de sa paume. Mon cœur s'envolait de cette attitude pourtant innocente. Je me mis à détester son copain de vacance Nicolas, qu'elle avait en photo dans sa trousse. Ma joie fut immense quand ce fut ma propre photo qui le remplaça alors...
Plus je me montrais froide et plus elle venait à moi, donnant toujours plus. Je n'oublierais jamais ce jour où en cours de volley où elle m'attrapa dans ces bras pour la première fois m'embrassant le front. Une chute s'en était suivie tellement j'avais été débordée par mes émotions. Elle aimait ma maladresse et moi ses bras. 

J'allais dormir dans son pavillon de banlieue un week end sur deux. Sa chambre sentait bon la fraise, je ne parvins jamais à percer le secret quant à l'origine de cette flagrance qui l'habitait de ses cheveux jusqu'à la fibre ses vêtements. Mon cœur battait différemment lorsque j'étais chez elle. Il battait avec plus de folie, mais aussi de peur, car je craignais la répercutions de ses élans sur mon être. Je me souvenais alors de la classe de neige organisée, et de la boom, dans laquelle était passé un slow des Bangles « Eternal Flame ». Mon rêve avait été de danser avec elle sur cette chanson mais bien sur, je ne lui avait jamais fait part de ce désir insensé. Quand j'étais chez elle, souvent elle mettait de la musique dans sa chambre, et venait s'allonger candidement, posant le plus souvent sa tête sur mon épaule ou sur mon ventre.
Complètement pétrifiée, je me transformais alors en statue de sel. Lors de ces moments, j'éprouvais autant de bien être que de malaise. Elle n'avait certainement pas conscience du pouvoir qu'elle exerçait sur moi. Si cela avait été le cas, son attitude aurait sûrement changée.

Une nuit de juin. La fin des cours avait sonné, une séparation de plusieurs mois nous attendais. Elle me semblait moins affectée que moi. Elle était tellement contente de retrouver bientôt son océan atlantique natal. Moi j'étais amère car nous avions pris deux filières différentes et je savais qu'à la rentrée plus rien ne serait pareil. C'était mon intuition féminine qui me le disait. A présent, lorsqu'elle venait pour m'embrasser le visage, je ne fuyais plus pour l'attirer mais pour essayer de me détacher d'elle. Elle adorait que je lui dise non, redoublant de tentatives.

Cette nuit de juin, il faisait très chaud. Nous dormions les fenêtres ouvertes, pour la dernière fois ensemble. Je savais qu'un jour je la perdrai car un garçon me la volerait. J'haïssais cette probabilité avérée qui me donnait la nausée.

Je m'endormis à l'opposé de son corps, comme les autres fois. Plus tard, dans la nuit profonde, je sentis une main serrant fortement la mienne et me tirant de mon sommeil. Une légère brise interrompit quelques instants son initiative, lui apportant hésitation, puis finalement contre toute attente assurance. Totalement immobile, figée dans ma frayeur et mon désir pour elle, je restai sans voix. Toujours dans son élan, comme durant le cours de sport, elle m'embrassa le front puis continua à descendre le long de mon visage promenant sa bouche sur mes lèvres. Ses mains tenaient mon visage comme le faisait les amoureux que l'on voyait dans les téléfilms. Je la sentis à présent venir sur moi sans maladresse alors que c'était la première fois qu'elle embrassait une fille. A ce moment, j'osai passer ma main dans son dos, la serrant fortement contre moi. J'avais rêvé de partager un moment comme celui ci avec elle, sans pourtant jamais n'avoir tenter d'imaginer avec précision un détail. Elle était capable de me rendre au zénith de ma forme ; comme au bord du gouffre.

Après cette nuit, je ne la revis plus jamais. Nous nous écrivîmes des lettres. Elle m'annonça qu'elle comptait rester la bas, dans son Atlantique. Elle disparut progressivement de ma vie, mais non de ma mémoire. Cette histoire fut ma révélation, celle qui me bascula vers un penchant alors inconnu. Il m'arrive parfois de me surprendre à repenser à elle dix ans après lorsqu'au supermarché j'entends « Nothing Compare to you » de Sinead O Connor et tant d'autres chansons qui furent notre.
“Close your eyes give me your hands”.
Je ne me suis jamais sentie lesbienne à cette époque.
J'aimais C. et c'était tout. Pourquoi mettre des mots qui sonnent faux sur des moments de la vie qui furent tout simplement magiques ?

 

http://www.oraziorusso.it/replay/Emmanuelle%20Beart_file/134-01.jpg

Retour à l'accueil