Dimanche matin, ciel gris, cheveux emmêlés qui sentent le tabac, matinée qui commence dans l'après-midi, draps froids, et la lune qui continue de briller au loin. Le coeur plus sec qu'un raisin, je me réveille encore imbibée de la soirée passée, un léger sourire dans la commissure des lèvres.

Hier soir, je suis sortie pour oublier. Je suis allée danser seule à Bastille. Arrivée vers 1H50, "What difference it makes" ma chanson préférée des Smith, portes à peine poussées m’accueille chaleureusement comme pour m’annoncer la couleur. Je me fonds immédiatement dans l’ambiance au milieu de la foule, de cet escadron de visages inconnus les poings en l’air prête à m’amuser, prête à en découdre. Je suis anonyme, toute puissante.
 Je n’ai le temps de quelques heures plus de passé, ni de futur mais que du présent qui s’offre à moi.
Les Rita Mitsoukos « C'est comme çààà » me donnent la bougeotte.


Je bois plus qu’il n’en faut, ris avec de drôles d’inconnus tatoués, barbus, monstres que l’on ne rencontre que la nuit, invisibles dans la lumière. Oui, la nuit et la musique, mes éléments. Ces moments de la journée dans lesquels je décuple mon assurance, et demeure capable de faire des choses insoupçonnables ou infaisables une fois l’aube venue.
Le soir, sans filtre j’épouse la chair qui se présente à moi. Sans vergogne, avec un zeste d’hésitation qui ne dure qu’une fraction de seconde, je croque la pomme. J’embrasse la vie. M’enivre de ses surprises.
De ses cadeaux imprévus qui sont toujours les plus bons.
Simple Minds « I promised you a miracle » ravive la masse qui devient encore plus enthousiaste.
Au milieu de nul part, une fille en mini jupe de cuir noir, tout droit sortie d’un clip de Brian Ferry « Don’t stop the dance", me lance un clin d’oeil, en tournant la tête feignant de m’ignorer. Je lui souris puis disparait tout aussitôt.
Bloc Party « Banquet » tombe comme un couperet. L’hystérie des gens amplit mon coeur d’un bien être intense comparable à celui d’une drogue. Les plaies d’hier se pansent instantanément, laissant place à une joie qui même si succincte me procure un infini plaisir. Je me délecte du son, des années 80 que je n’ai pas connu mais que j’avais imaginé ainsi, du look des punks en bretelles rouges, de voir que l’on peut autant s’amuser seule qu’entourée de potes.
« I drive all night » Cindy Lauper. 6h00 du matin, nous sommes chassées de la boite de nuit. 


Par dessus pris au vestiaire, je saute dans le premier métro direction l’Ouest parisien. Je vérifie que ma broche coeur M&L est toujours en place une dernière fois et que mon pass Navigo n'est pas égaré.
Je retourne dans le calme dans mon antre du huitième arrondissement, y trouvant le sommeil très rapidement.
Ma dernière pensée avant de m’endormir est la stupeur de découvrir à quel point Paris et Toronto qui sont en apparence si différentes, peuvent être soeurs dans leur noirceur, habitées des mêmes créatures avec pour différence l’architecture de leurs batiments.
Le jour se lève, il est temps de tirer un trait, les rideaux surtout et de ne jamais oublier ce que l’on aime, ses passions et ce pour quoi l’on est faite. Le bonheur est éphémère comme les crépuscules de l'été. Mais l’important, c’est d’y avoir gouté. D’avoir cru au miracle de l’éternité c’était déjà un bon début. Ne pas abandonner ses rêves, de garder la foi en ce que l’on est envers et contre toutes, reste la plus belles des fins et des leçons.  

 

Alba

 

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