07h32 du matin. Paris, Vendredi 13. Les cheveux bouffés par la pluie, la mine terne, le contour de l’œil bleuté marque d’une nuit brève, la tête engluée par la migraine, je m’absorbe dans le métro.
Je pars travailler, je ne sais comment. Zombie de la ligne 9 dans mon anorak léopard, survivante d’infinies insomnies je me lance un défi. Celui d’écrire dans un état de fatigue qui pivote la tête, stérilisant toute inspiration éventuelle. Moleskine à la main, j’ai décidé dans cet état, de cogner l’impossible, de me mesurer à l’irréalisable pour voir ce qu’il me reste quand je n’ai plus rien.


A court d’idée, je me mets alors à observer ce qui s’expose devant moi. Le cirque urbain du subway parisien, ses clowns tristes cette foule de fauves polychromes.
Je réalise alors que l’espace d’un instant, je possède le pouvoir de lire non pas l’avenir, mais d’entendre les songes des gens présents dans la rame verte qui part en direction du Pont de Sèvre, tout à l’Ouest. A l’opposé du fun et de la débauche addictive de l’Est de la ligne à Oberkampf Village…


Une brune ténébreuse se présente alors face à moi, titubante, habillée en tailleur, le maquillage défait les poings serrés, vernis écaillé. Elle me demande pourquoi Adrien l’a quittée. Pourquoi la stagiaire, pourquoi en janvier, pourquoi pas avant Noel et pourquoi après les vacances du mois d’août si riches en promesses. D’un regard livide, je lui explique ce que je vois. Je lui raconte que ce n’est jamais celui qui part qui quitte mais celui qui ne retient pas. Ou celui qui n’a rien fait tout simplement pour garder l’autre. Je vois l’enfant qu’elle porte mais choisis de garder le silence. Strasbourg Saint-Denis, l’inconnue furieuse détale, me tournant les talons. Happée.

«Crazy for You » de Slowdive passe dans mes Tanglefree. C'est ce moment que Mamadou a choisi pour venir m’interpeller. Je suis à Bonne Nouvelle, cette téléportation est trop longue. Mamadou vient du Togo. Il est sans papier et aime Fatou, sa femme qui l’attend là-bas au pays. Il me raconte l’Afrique et ses plaines, ses difficultés rencontrées à la Capitale, et la prochaine visite de Fatou qu’il attend de pied ferme. Dans les faits, Mamadou ne me parle pas, il est simplement assis à côté de moi, silencieux. Mais j’auditionne comme pour la voyageuse esseulée, la moindre de ses pensées. Captivée par la beauté que revêtent parfois la banalité et le boubou de Mamadou.


Miromesnil. Une étudiante chewing gum à la bouche chignon mal attaché fait son entrée.
Soko « Who wears the Pants » lui colle à la peau. Elle s’approche de moi, s’asseyant à mes côtés.
Son épaule entre en contact avec la mienne. Soudainement, je sens sa main sur mon bras qui me serre, puis me secoue. Je me mets à sursauter d’une énergie ne pouvant venir que de l’effet de surprise.
Elle me tend mon iphone qui était tombé à terre. Je réalise alors qu’elle vient de me réveiller.

Très embarrassée, je descends à la première rame sans regarder ni devant ni derrière moi. Je sens pourtant son attention qui me tape dans le dos comme une fléchette. Je suis à Trocadéro. Mon discernement me fait défaut. Je ne sais plus distinguer ni disséquer le rêve et la réalité. Pour l’instant.
Dans mon sac à dos, le carnet de note est blanc comme neige, vierge de mot. D’un pas décidé, je reprends le train à l’envers, direction le bureau, perturbée.
Arrivée à Workcity, le flot incessant de costards cravates me ramène progressivement à l’évidence.
Je me ressaisie et un immense sourire illumine mon visage.


Dans la file d’attente du Starbuck, j’ai finalement compris le tour qui m’était arrivé quand mes doigts foulèrent par hasard le morceau de papier sur lequel l’histoire que vous venez de lire avait été écrite.
Il est 09h02, la tempête d’hier n’aura pas eu raison de moi. C’est la fin de la semaine, on sort les Nike Cortez et les slims, on pense au Mojitos et… Il est temps de se mettre au travail. Thank God it’s Friday. ;)

Alba.

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